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Chiens des forces de l'ordre : ce que raconte leur cœur

·9 mins
Actualités Santé Activités
Auteur
Emma
Responsable Communauté Canine chez Invoxia

Un malinois ne dira jamais qu’il est fatigué. Au sein des forces de l’ordre, il sautera dans le véhicule, reprendra la piste et repartira au mordant avec le même enthousiasme, même s’il est à bout. C’est justement ce qui rend sa fatigue si difficile à repérer, et si importante à surveiller.

Alors comment savoir qu’un chien qui « en redemande toujours » a besoin de souffler ? Une jeune vétérinaire, Alice Ruellan, a cherché la réponse là où personne ne regarde : dans le cœur des chiens, pendant leur sommeil. Sa thèse, menée avec les chiens de l’unité cynotechnique de la gendarmerie et le Biotracker, montre que quelques battements de plus chaque nuit peuvent signaler un défaut de récupération avant qu’une baisse de performance et de motivation ne soit observée.

Une thèse vétérinaire au cœur d’une unité cynotechnique
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Pour devenir docteur vétérinaire, chaque étudiant mène un travail de recherche : la thèse d’exercice. Alice Ruellan a choisi un terrain hors du commun : l’unité cynotechnique de la gendarmerie. Elle a soutenu sa thèse le 19 décembre 2025 à l’École nationale vétérinaire d’Alfort, sous la direction de la Professeure Valérie Chetboul*, cardiologue à l’École nationale vétérinaire d’Alfort. Son travail a depuis reçu le prix de thèse Vet IN Tech au salon NUManima 2026, consacré à la santé animale connectée.

L’étude a été menée de 2023 à 2025 en partenariat avec Invoxia, qui a fourni les colliers et l’accès aux données. Concrètement :

  • dix malinois opérationnels, âgés de 5 à 9 ans, ont passé un bilan cardiaque complet (recueil des antécédents, auscultation cardiaque et examen clinique général, échographie cardiaque, électrocardiogramme) ;
  • ils ont ensuite porté le Biotracker plusieurs jours d’affilée, dans leur vie réelle : entraînements, missions, repos ;
  • leurs données ont été comparées à celles de malinois de compagnie et de chiens de grande taille en bonne santé.

Pourquoi regarder le cœur la nuit ?
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Pendant la journée, le rythme cardiaque d’un chien varie sans arrêt : il joue, il court, il aboie, il est excité par une sortie. Impossible d’y voir clair. La nuit, en revanche, le chien est au calme. Son cœur ralentit et révèle son véritable état de forme, un peu comme notre pouls au réveil.

C’est ce que mesure le Biotracker : chaque nuit, il relève la fréquence cardiaque et la fréquence respiratoire du chien au repos, sans électrodes, en captant les petites vibrations du cœur à travers son corps. Au fil des jours, il établit la norme propre à chaque chien.

Un cœur de sportif
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Premier constat : le cœur de ces chiens de la gendarmerie est celui d’athlètes. Pendant leur sommeil, il battait en médiane autour de 59 fois par minute. C’est bien plus lent que ce qu’on mesure chez le vétérinaire, où le stress de la consultation accélère le cœur.

Chez 7 chiens sur 10, l’électrocardiogramme montrait aussi un léger ralentissement de la conduction électrique du cœur. Rien d’inquiétant : c’est une signature classique du sportif bien entraîné, qu’on retrouve aussi chez les athlètes humains. Et contrairement à certains athlètes humains, leur cœur ne s’était pas épaissi ni agrandi avec l’entraînement.

Un cœur qui n’est pas un métronome
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Deuxième constat, plus subtil. Un cœur en bonne santé ne bat pas de façon parfaitement régulière : l’écart entre deux battements change légèrement en permanence. C’est ce qu’on appelle la variabilité cardiaque. Plus elle est grande au repos, plus l’organisme alterne facilement entre effort et récupération. Quand elle diminue, le corps est souvent sous tension : fatigue, stress, récupération insuffisante. Les chiens de l’unité avaient une variabilité cardiaque plus faible que les malinois de compagnie. Pour Alice Ruellan, ce n’est pas l’entraînement en lui-même qui en est la cause, mais plutôt leur quotidien : le stress, les changements fréquents d’environnement, des temps de récupération parfois courts en raison des contraintes de terrain, et l’âge de ces chiens, pour la plupart en fin de carrière.

Détection du surmenage : l’histoire d’un jeune chien
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Le passage le plus parlant de la thèse est l’histoire d’un berger hollandais de deux ans, en formation. Après plusieurs semaines en formation (entraînement plus soutenu, avec beaucoup de nouveautés), son maître-chien remarque des changements : le chien mord moins franchement, il est moins expressif, il boude un peu sa gamelle et reste anormalement calme dans sa cage de transport. Néanmoins, à l’examen clinique et à la prise de sang, le chien paraît en forme.

Le collier, lui, avait vu quelque chose. Pendant les semaines où le chien allait bien, son cœur battait en moyenne autour de 65 battements par minute la nuit. Pendant la période de fatigue, il est monté autour de 75, soit une dizaine de battements de plus, chaque nuit.

Fréquence cardiaque nocturne mesurée quotidiennement sur un Malinois avec le Biotracker Invoxia

Chaque point correspond à une nuit : la fréquence cardiaque au repos grimpe quand les signes de fatigue apparaissent. Source : Ruellan A. (2025). Étude pilote du Biotracker GPS Invoxia® chez le chien athlète d’unité d’élite, thèse de doctorat vétérinaire, Faculté de médecine de Créteil (UPEC), figure 30, p. 82. HAL dumas-05507594, licence CC BY-NC-ND 4.0, reproduite avec l’autorisation de l’autrice.

Fait intéressant : sa fréquence respiratoire, elle, n’a presque pas bougé. C’est bien le cœur qui a tiré la sonnette d’alarme.

Fréquence cardiaque et fréquence respiratoire au repos semaine par semaine

Semaine par semaine, le cœur accélère au repos pendant la période de fatigue, alors que la respiration reste stable. Source : Ruellan A. (2025), thèse de doctorat vétérinaire, Faculté de médecine de Créteil (UPEC), figure 31, p. 82. HAL dumas-05507594, licence CC BY-NC-ND 4.0, reproduite avec l’autorisation de l’autrice.

Sa variabilité cardiaque avait aussi baissé. On le voit très bien sur un graphique appelé « diagramme de Poincaré » : chaque point compare la durée d’un battement à celle du suivant. Quand le cœur est détendu et varie librement, les points forment un nuage large. Quand l’organisme est sous tension, le nuage se resserre.

Diagrammes de Poincaré d’une nuit de septembre et d’une nuit d’octobre

À gauche, une nuit de septembre où le chien va bien ; à droite, une nuit d’octobre pendant la période de fatigue : le nuage de points se resserre. Source : Ruellan A. (2025), thèse de doctorat vétérinaire, Faculté de médecine de Créteil (UPEC), figure 32, p. 83. HAL dumas-05507594, licence CC BY-NC-ND 4.0, reproduite avec l’autorisation de l’autrice.

Ce profil, un cœur plus rapide et moins variable au repos, correspond à ce qu’on décrit chez les sportifs humains en état de surmenage. Le chien a bénéficié d’une ration ajustée, d’une meilleure hydratation après l’effort et de vraies périodes de repos.

Ce que pensent les maîtres-chiens du suivi quotidien et du Biotracker
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À la fin de l’étude, neuf maîtres-chiens de l’unité ont donné leur avis. Huit sur neuf trouvent utile de suivre le cœur et la respiration de leur chien. Tous aimeraient être alertés en cas de risque cardiaque, et huit sur neuf en cas de surentraînement. Comme le résume l’un d’eux, il est difficile de doser l’entraînement d’un chien « car le malinois en redemande toujours ».

Ils ont aussi mis le collier à rude épreuve et signalé ses limites sur le terrain, notamment des attaches qui ne résistent pas toujours aux exercices de mordant. Leurs retours aident aujourd’hui Invoxia à concevoir un collier adapté aux chiens de travail.

Et pour votre chien ?
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Votre chien n’est sans doute pas un chien d’intervention, mais son cœur fonctionne de la même façon. Le surmenage n’est d’ailleurs pas réservé aux chiens de la gendarmerie : dans les enquêtes menées pour la thèse, environ 3 maîtres sur 10, qu’ils aient un chien de travail ou un chien de sport (canicross, traction…), disent avoir déjà observé des signes de surentraînement chez leur chien.

Une reprise sportive trop rapide, une période stressante, un déménagement, une convalescence : dans toutes ces situations, le cœur au repos en dit long sur la façon dont votre chien récupère. Le Biotracker suit chaque nuit sa fréquence cardiaque et respiratoire au repos, ainsi que sa variabilité cardiaque, et vous montre quand quelque chose change par rapport à ses habitudes. Ce n’est pas un diagnostic, mais c’est un bon signal pour lever le pied, adapter les sorties ou en parler à votre vétérinaire.

invoxia product

Les questions qu’on se pose
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Quelle est la fréquence cardiaque normale d’un chien au repos ?
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Pendant le sommeil, elle est bien plus basse qu’en consultation. Dans la thèse, elle était en médiane d’environ 53 battements par minute chez des malinois de compagnie et 59 chez les malinois de l’unité cynotechnique. Chaque chien a sa propre norme : c’est l’évolution par rapport à ses habitudes qui compte.

Qu’est-ce que la variabilité cardiaque ?
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La variabilité de la fréquence cardiaque, c’est la petite variation de durée entre deux battements du cœur. Au repos, une variabilité élevée est plutôt bon signe : l’organisme récupère bien. Une baisse qui dure peut refléter de la fatigue, du stress, un manque de récupération ou une pathologie cardiaque.

Comment savoir si mon chien est trop fatigué ?
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Baisse d’entrain ou de performance, appétit en berne, chien inhabituellement calme, envie de dormir plus que d’habitude : ce sont des signes à prendre au sérieux. Un cœur qui bat plus vite que d’habitude pendant la nuit, plusieurs jours de suite, peut aussi en être un. En cas de doute, consultez votre vétérinaire.

Le Biotracker peut-il détecter un problème de santé ?
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Le Biotracker est un outil de suivi : il repère des changements dans les données de votre chien au repos, mais il ne pose pas de diagnostic. Il vous aide à savoir quand en parler à votre vétérinaire et peut permettre de détecter certaines pathologies avant qu’elles ne deviennent vraiment graves. Seul un vétérinaire peut ensuite poser un diagnostic.

Pour aller plus loin
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La thèse complète d’Alice Ruellan est en accès libre sur l’archive ouverte HAL : Étude pilote du Biotracker GPS Invoxia® (outil biométrique connecté) chez le chien athlète d’unité d’élite : faisabilité et analyse des marqueurs digitaux cardiorespiratoires et actimétriques. Il s’agit d’une étude pilote, sur un petit nombre de chiens : ses résultats ouvrent des pistes que d’autres travaux devront confirmer.

*Le Pr Valérie Chetboul est également à l’origine de l’étude AI-Collar, menée sur plus de 700 chiens dans le monde avec le Biotracker, et qui redéfinit les normes des fréquences cardiaques au repos des chiens.

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